POURQUOI EST-CE IMPORTANT?

Compte tenu des ressources limitées et de la concurrence féroce pour obtenir des fonds, on s’attend de plus en plus à ce que les organismes du secteur social fassent davantage avec moins, surtout pendant la pandémie et la crise économique actuelles. À Calgary, The Social Impact Lab encourage la collaboration plutôt que la concurrence en réunissant des organismes sans but lucratif et des entreprises. Nous vous présentons ici notre sixième témoignage illustrant notre partenariat avec Centraide United Way Canada.


Au plus fort d’une pandémie mondiale qui a limité l’accès à la nourriture pour de nombreux Canadiens, Scott Langill, Tiffany Neufeld et Patrick Cloutier ont saisi une occasion unique : un « perturbathon » axé sur la sécurité alimentaire et organisé par The Social Impact Lab de Calgary.

Ayant constaté de première main les répercussions de l’insécurité alimentaire dans le cadre de leur travail dans le secteur des soins de santé, M. Langill et Mme Neufeld, tous deux infirmiers, se sont inscrits au « perturbathon » en juillet, événement semblable à un marathon de programmation, mais sans l’accent sur la technologie. M. Cloutier, un ingénieur mécanicien, s’est ensuite joint à eux. Ils ont mis sur pied le projet SolFood, une ferme urbaine durable qui tire des revenus de la vente de ses produits et investit ses profits dans la création d’un espace communautaire consacré à l’éducation alimentaire.

Après avoir remporté la première place au concours, les trois cofondateurs tirent maintenant parti de l’expertise de United Way of Calgary and Area, son Social Impact Lab et leurs réseaux pour faire de SolFood une réalité – une innovation opportune compte tenu des répercussions de la pandémie sur la sécurité alimentaire.

Cependant, M. Langill sait aussi que ce ne sont pas de nouveaux problèmes. En tant qu’infirmier en pédiatrie, il a commencé à fréquenter les écoles élémentaires à Calgary en 2010 et a remarqué que les enfants [traduction] « n’avaient souvent pas de dîner ». Mes préjugés me portaient à croire que c’était [leur] famille qui ne subvenait pas à leurs besoins », explique M. Langill.

Même si certaines familles n’avaient pas assez de nourriture pour préparer leurs repas, parfois, d’autres problèmes entraient en jeu. Par exemple, il a appris que de nombreux parents occupaient plusieurs emplois pour joindre les deux bouts et qu’ils confiaient à leurs enfants plus âgés la responsabilité d’aider les plus jeunes à se préparer pour l’école. Les enfants plus âgés, seulement âgés de 10 ans parfois, oubliaient souvent de préparer des dîners pour leurs frères et sœurs.

« J’ai commencé à examiner les systèmes alimentaires différemment », dit M. Langill. De concert avec Mme Neufeld, M. Langill s’est mis à réfléchir à des solutions pour combattre l’insécurité alimentaire à Calgary, ce qui les a amenés à créer SolFood.

La solution commerciale de SolFood à un problème social est l’un des nombreux projets soutenus par The Social Impact Lab, qui a été mis sur pied en 2017 sous la direction de Beth Gignac lorsqu’elle s’est jointe à United Way of Calgary and Area en tant que chef de l’exploitation. The Lab, une collaboration entre Centraide United Way et la firme de conception J5, crée un environnement propice à la création de nouvelles entreprises sociales pour les acteurs sociaux.

Bien que Centraide United Way ait travaillé à des causes comme l’autonomisation financière et l’augmentation des taux d’achèvement des études secondaires, il n’y avait pas de méthodologie officielle ni d’équipe spécialisée au sein de l’organisme pour concevoir ces solutions. The Social Impact Lab est devenu l’endroit où les gens se réunissent pour travailler sur ces causes et a modifié la façon dont Centraide United Way investit dans la communauté. Bien que l’organisme continue de verser ses fonds sous forme de subventions aux organismes locaux, The Social Impact Lab a modifié le modèle de l’investissement communautaire de Centraide United Way pour y inclure des catégories d’investissement axées sur les partenariats, les initiatives et l’innovation. Les subventions sont principalement axées sur la programmation, tandis que le financement de l’innovation est plus souple et peut inclure des solutions comme des applications, par exemple.

Mme Gignac affirme que les organismes doivent mettre l’accent sur les programmes au service des personnes dans le besoin et que beaucoup n’ont pas les ressources nécessaires pour repenser leur approche ou l’innover. Elle affirme que de tels programmes sont essentiels aux collectivités et qu’ils continueront d’être financés, mais que Centraide United Way est de plus en plus attiré par le financement de processus novateurs dont l’objectif est de déterminer si les organismes font avancer les choses, en collaboration avec d’autres, pour résoudre des problèmes plus systémiques, par exemple, s’ils font des progrès vers une justice alimentaire. Selon Mme Gignac, il arrive parfois que les organismes ne puissent mesurer ces réalisations selon leur méthode habituelle, car celles-ci font intervenir la stratégie, le travail créatif, la collaboration et les solutions, autant d’éléments qui ont été le centre d’attention du Lab.

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Dans le but d’encourager la collaboration plutôt que la concurrence, The Lab réunit des organismes sans but lucratif et des entreprises qui travaillent sur des questions semblables afin d’élaborer ensemble de nouvelles solutions. « Je pense que c’est dans notre nom – Centraide United Way… L’avenir consiste à réunir les gens et les ressources. Nous travaillons tous dans un monde où les ressources sont limitées et la concurrence n’arrange rien. »

Au cours de la pandémie, certains organismes d’impact social collaborent pour répondre à la demande en dépit de pressions financières et du manque de ressources. Il y a un précédent à cet égard, car la récession de 2008 a entraîné une fusion d’organismes sans but lucratif pour survivre.

De nombreux organismes de bienfaisance canadiens connaissent également une baisse de leurs revenus, tandis que la demande de services augmente, ce qui provoque des appels de fonds supplémentaires auprès du gouvernement. Imagine Canada, un organisme qui représente 170 000 organismes de bien-être social, affirme que « des mesures de relance gouvernementales beaucoup plus importantes sont nécessaires […] c’est à cette condition que les organismes de bienfaisance et sans but lucratif pourront survivre à la pandémie », estimant que les revenus provenant des collectes de fonds et des dons de bienfaisance diminueront à eux seuls de 4,2 à 6,2 milliards de dollars en 2020. Selon James Gamage, directeur de l’innovation du Lab, alors que la concurrence pour les ressources n’a fait que s’intensifier au cours de la pandémie, le secteur social était déjà fragilisé en raison de ralentissements économiques antérieurs. « Même avant la COVID, cette ville traversait déjà une période économique relativement difficile », dit-il. « En cas de nécessité, vous devez penser différemment pour mieux exploiter les ressources existantes. »

L’une des façons dont The Social Impact Lab réunit les organismes est grâce à un programme de 12 semaines appelé Inspire, qui utilise des principes de réflexion conceptuelle pour aider les innovateurs sociaux à élaborer de nouvelles solutions ayant un impact social. The Lab, qui offre le programme Inspire chaque trimestre, l’a également offert aux autres membres du réseau Centraide United Way. « L’ensemble du processus de conception itérative leur a permis de réfléchir aux problèmes auxquels ils font face au quotidien dans l’organisme », dit M. Gamage. Il déclare qu’au lieu d’utiliser une approche descendante pour trouver des solutions, cette démarche remet en question la façon traditionnelle de réfléchir aux problèmes, car elle met les « utilisateurs » (ou, comme le diraient certains organismes sans but lucratif, les bénéficiaires ou les clients) au centre de la solution envisagée et la réitère en fonction de leurs commentaires.

Selon M. Gamage, bon nombre des solutions mises en place dans le cadre des programmes d’éducation et des « perturbathons » ont le potentiel d’être des entreprises sociales autonomes, ajoutant que The Lab pourrait incuber des entreprises à l’avenir. Dans l’intervalle, The Social Impact Lab envisage une expansion. M. Gamage est en pourparlers avec plusieurs autres membres de Centraide United Way au sujet de la mise en œuvre de certains programmes du Lab dans différentes villes du Canada.

Il affirme qu’en mettant à l’échelle l’approche du Lab pour résoudre les problèmes, cela donnera « l’occasion au secteur social de réfléchir différemment aux défis auxquels il fait face » – ce qui, pendant la pandémie en cours, pourrait accroître la résilience du secteur et accélérer le rétablissement de la situation.

Par Jacky Habib (site en anglais seulement)
Vous pouvez lire l’article original en cliquant sur ce lien Future of Good (en anglais seulement).