POURQUOI EST-CE IMPORTANT?

Le logement abordable était l’un des principaux enjeux dans l’esprit des jeunes lors de la dernière élection fédérale — même avant que la COVID-19 n’ait mis en lumière la grande vulnérabilité des sans-abri. À mesure que le logement devient moins abordable dans les villes de taille moyenne et les grandes villes du pays, il faut établir des stratégies pour prévenir l’itinérance chez les jeunes, pendant la crise et par la suite. Nous vous présentons ici notre troisième témoignage illustrant notre partenariat avec Centraide United Way Canada.


Lorsque le propriétaire du logement de Brandon n’a pas renouvelé son bail, il s’est retrouvé sans abri. Âgé de 24 ans, Brandon* a passé des mois à dormir sur le sofa chez différents amis à Kingston, en Ontario, rejoignant ainsi les quelque 50 000 Canadiens vivant ce qu’on appelle « l’itinérance cachée ».

Brandon fréquentait sporadiquement l’école, occupait des emplois précaires et de courte durée et essayait tant bien que mal de respecter ses rendez-vous pour voir des appartements dans la ville en s’y rendant à pied ou en utilisant les transports en commun.

« C’était l’une des périodes les plus difficiles de mon existence pour ses effets sur ma santé mentale. Les nombreuses déceptions que j’ai vécues en lien avec des refus de logement m’ont complètement vidé… C’était vraiment accablant », confie-t-il.

Ce n’était pas la première fois que Brandon était en situation d’itinérance. À l’adolescence, il passé six mois dans la rue, dormant à l’arrière d’un immeuble et parfois dans un bois. Brandon gardait ses effets personnels dans un sac de voyage qu’il laissait dans le bureau d’orientation de son école secondaire et il arrivait tôt à l’école pour prendre une douche dans les vestiaires du gymnase sans éveiller les soupçons.

Se retrouvant une fois de plus dans la rue, Brandon a communiqué avec un intervenant jeunesse qui l’a aidé à s’y retrouver dans le dédale des services sociaux et l’a dirigé vers le carrefour One Roof Kingston Youth Hub. Organisme partenaire de United Way Kingston, Frontenac, Lennox & Addington (UWKFLA), One Roof offre une gamme de services aux jeunes sans-abri, y compris des services de soutien en santé mentale et en toxicomanie, un programme de sécurité alimentaire et un centre de jour pour les jeunes.

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« C’était un milieu vraiment positif et accueillant, un rayon de lumière dans ma vie », explique Brandon.

Le centre fait partie du projet d’impact collectif sur l’itinérance chez les jeunes mis sur pied par UWKFLA, qui comprend plus d’une douzaine de groupes qui se réunissent tous les mois pour échanger des idées et des nouvelles sur les efforts de lutte contre l’itinérance chez les jeunes à Kingston. Alors que de nombreux organismes visent uniquement l’offre de logements à long terme comme solution à l’itinérance, UWKFLA s’attaque aux causes profondes du problème, comme la toxicomanie ou les conflits familiaux, ce qui aide à prévenir et à réduire l’itinérance de façon globale.

Au Canada, une personne sur cinq qui fréquente un refuge pour sans-abri est un jeune. À Kingston, ce nombre est d’un sur trois.

Durant la pandémie de coronavirus, UWKFLA s’emploie à soutenir les jeunes sans-abri, car leur incapacité à pratiquer la distanciation sociale les rend plus vulnérables au virus.

« [Le coronavirus] a mis en évidence la vulnérabilité des jeunes dans une situation comme celle-ci et les conséquences d’un manque de soutien », affirme Bhavana Varma, présidente-directrice générale de UWKFLA.

Elle affirme que les sans-abri ont moins accès à l’information, car ils ne possèdent peut-être pas de télévision, de radio ou n’ont pas accès à l’Internet. Trouver un endroit sûr où se confiner est un défi, tout comme continuer de recevoir le soutien de conseillers en santé mentale ou en toxicomanie qui ne sont pas en mesure de fournir ce soutien en personne. De plus, comme la plupart des lieux publics sont fermés, il est plus difficile de maintenir une hygiène, car les installations sanitaires ne sont plus accessibles.

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United Way aide les jeunes à trouver les services qui sont encore disponibles et à les adapter pour assurer leur accessibilité. Consciente du fait que la plupart des jeunes qui fréquentent le refuge ne possèdent pas de téléphone cellulaire, l’organisation a acheté des tablettes à leur distribuer afin qu’ils puissent rester branchés et continuer à recevoir du counseling virtuel.

De plus, dans le refuge d’urgence pour les jeunes de UWKFLA à Kingston, habituellement, les dortoirs logent quatre personnes et il n’y a qu’une salle de bain par étage. Après l’éclosion de la COVID-19, les jeunes ont emménagé dans un autre bâtiment où ils peuvent se confiner et où chacun a sa propre salle de bain.

Bien qu’il comporte de nombreux défis, Mme Varma affirme que le travail de United Way durant la pandémie de coronavirus n’est possible qu’en raison des solides relations établies avec les partenaires de l’organisme au fil des ans pour trouver des solutions à l’itinérance chez les jeunes.

« En ce qui concerne l’itinérance chez les jeunes, personne n’avait la moindre idée de ce qu’il fallait faire, c’était formidable de pouvoir trouver une solution novatrice. Cela nous a donné beaucoup plus de latitude pour tenter des expériences », souligne Mme Varma.

Pour découvrir comment bien s’attaquer à ce problème, United Way a misé sur la consultation des jeunes. L’organisation a ainsi appris que les conflits familiaux — comme le fait d’être rejeté parce qu’on est queer — étaient à l’origine de la plupart des cas d’itinérance chez les jeunes, suivis de la maladie mentale et de la toxicomanie. Selon United Way, 25 à 40 % des jeunes sans-abri affirment appartenir à la communauté LGBTAB, contre cinq à dix pour cent dans la population générale.

Comme les causes de l’itinérance chez les jeunes diffèrent de celles qu’on retrouve chez les adultes, les solutions doivent elles aussi être différentes, de l’avis de Mme Varma. Étant donné que les jeunes en situation d’itinérance n’ont habituellement pas les compétences ni l’expérience de vie nécessaires pour vivre de façon autonome, ils devraient vivre dans un logement de transition.

« Les jeunes ont besoin d’accompagnement. Certains groupes veulent leur fournir un logement [à long terme] immédiatement, mais nous avons prouvé que le logement de transition donne de bons résultats », explique-t-elle, ajoutant que les jeunes qui vivent dans un logement de transition gardent leur logement plus longtemps que les autres.

À la suite de ses consultations auprès des jeunes, UWKFLA a mis en place de nouveaux programmes, notamment la médiation familiale, un programme de soutien en santé mentale pour les personnes LGBTQ+, un carrefour du mieux-être, des forums pour les éducateurs et des stratégies uniques pour soutenir les jeunes Autochtones et les jeunes femmes.

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Le projet d’impact collectif sur l’itinérance chez les jeunes bénéficie de différentes sources de financement, comme des dons philanthropiques privés, une subvention de la Fondation Innoweave et les recettes des visites guidées du Pénitencier de Kingston. Cinquante pour cent du revenu des visites de ce pénitencier tristement célèbre sont versés au projet, ce qui ajoute environ 900 000 $ en fonds annuels. Mme Varma explique que cette aide a permis à l’organisation de mettre à l’essai des solutions à l’intention des jeunes sans-abri qui font face à de multiples difficultés, comme son programme de médiation familiale pour les jeunes qui vivent des conflits familiaux et sont à risque de se retrouver dans la rue.

Brandon, un survivant de maltraitance qui souffre d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique, explique la complexité du problème : « Beaucoup de gens ne comprennent pas qu’il y a plusieurs niveaux… qui se superposent et créent un gros problème impossible à gérer. Ce n’est pas aussi simple que d’aller dans un refuge et d’y être à l’abri. »

Grâce au soutien qu’il a reçu, Brandon a obtenu un emploi et un logement. « J’ai réellement trouvé une communauté et un chez-moi dans la ville, que je n’ai jamais trouvés ailleurs. Je peux passer le reste de ma vie à Kingston et, si je peux l’affirmer, c’est parce qu’il y a un tas de gens merveilleux et sincèrement solidaires ici. »

À Kingston, tous les ans, les travailleurs de rue dénombrent les personnes en situation d’itinérance au cours d’une journée donnée. En 2013, selon leur dénombrement, 60 % des personnes dans la rue à Kingston étaient des jeunes. En 2016, ce nombre était tombé à 17 % et en 2017, aucune des personnes rencontrées en situation d’itinérance n’était un jeune.

Mme Varma affirme que les résultats du sondage ne signifient pas que l’itinérance chez les jeunes a disparu, mais qu’il y a une diminution du nombre de jeunes sans-abri.

Brandon espère que l’itinérance des jeunes sera bientôt un problème du passé. « Le soutien que ces organismes offrent grâce à United Way change vraiment la vie dans notre collectivité. Cela sauve des vies. »

*Brandon est un pseudonyme.

 

Par Jacky Habib (site en anglais seulement)

Vous pouvez lire l’article original en cliquant sur ce lien Future of Good (en anglais seulement).