POURQUOI EST-CE IMPORTANT?

Chaque année, environ 235 000 Canadiens sont sans-abri, et il y en a encore davantage qui sont mal logés. Selon les défenseurs du droit au logement, ces chiffres pourraient augmenter en raison de l’instabilité économique pendant la pandémie de coronavirus. Dans notre cinquième récit en partenariat avec Centraide United Way Canada examine comment un mouvement visant à combler les besoins en logement a influencé la première Stratégie nationale sur le logement du gouvernement fédéral.



Paul, qui a connu l’itinérance, vit maintenant dans un appartement grâce à Welcome Housing. Photo par : United Way Halifax

Des centaines de milliers de Canadiens – soit environ 235 000 – se retrouvent en situation d’itinérance chaque année. Ces Canadiens sont parmi les plus vulnérables et peuvent difficilement respecter les règles d’éloignement physique nécessaires pour ne pas contracter la COVID-19. Ces problèmes s’ajoutent aux nombreux facteurs qui font de l’itinérance une urgence nationale.

Non seulement la pandémie met en lumière l’itinérance au Canada, mais elle pourrait aussi l’aggraver. Selon Michèle Biss, avocate spécialisée dans les droits de la personne et gestionnaire de projet pour le Réseau national du droit au logement, les pressions économiques exercées par le coronavirus entraîneront une insécurité accrue en matière de logement. « Partout au pays, les gens me parlent. Je sens beaucoup d’inquiétude au sujet de ce qui va arriver lorsque les interdictions d’expulsion seront levées pour les personnes qui n’ont pas été en mesure de payer leur loyer. Inévitablement, cela exacerbera l’itinérance au Canada. »

Anita Khanna, directrice nationale, Politique publique et Relations avec les gouvernements à Centraide United Way Canada (CUWC), convient que le virus a mis en évidence le besoin essentiel de logements sûrs et abordables. « La COVID-19 a mis à nu les trous de notre filet de sécurité sociale, notamment les problèmes de santé et de sécurité des personnes et des familles sans abri dans les refuges. La pandémie a clairement démontré à toute la population du pays qu’il faut mettre fin à l’itinérance et préserver le droit au logement au Canada. »

À Halifax, où le taux d’inoccupation des logements est d’un pour cent (il s’agit du pourcentage de tous les logements disponibles dans les immeubles locatifs de la ville) il est de plus en plus difficile d’obtenir un logement depuis quelques années, et la pandémie a rendu encore plus cruciale la nécessité de protéger la santé des sans-abri, affirme Sarah White, porte-parole de United Way Halifax.

United Way Halifax y travaille déjà depuis quelque temps et finance des organismes locaux comme Bryony House, Freedom Foundation et Welcome Housing. Ces organismes soutiennent les personnes marginalisées de diverses façons, comme les aider à négocier avec les propriétaires pour empêcher une expulsion, ou à présenter des demandes pour divers programmes de prestations qui peuvent contribuer à subventionner leurs frais de logement.

En travaillant avec des groupes marginalisés comme les immigrants, les personnes handicapées, les toxicomanes et les personnes ayant des problèmes de santé mentale, United Way Halifax recueille des renseignements sur leurs besoins, y compris un accès plus abordable à des logements sociaux et à des chambres individuelles pour les bénéficiaires de l’aide sociale ou les personnes handicapées.

« Le secteur privé est très réticent à construire des logements véritablement abordables, et le secteur du logement à but non lucratif manque de ressources », affirme Mme White, qui ajoute que cette lacune devrait être comblée par les décideurs, en offrant davantage d’options de logement abordable et en s’attaquant à l’insécurité et à l’inégalité des revenus.

Mme White affirme qu’en raison de la crise d’abordabilité du logement, les « personnes les plus vulnérables et à faible revenu sont obligées d’avoir recours aux banques alimentaires, et de se passer de produits essentiels comme des produits d’hygiène menstruelle et des produits d’hygiène pour pouvoir payer leur loyer ». Des compromis qui deviennent d’autant plus dangereux et dommageables pendant la crise de la COVID-19.


Photo par : United Way Halifax

La pandémie a mis l’accent sur le problème de logement, mais le mouvement en faveur de celui-ci existe depuis longtemps au Canada. Ainsi, cela fait plus de 30 ans que les Autochtones et les personnes à faible revenu exercent des pressions pour obtenir le droit au logement au Canada. Avec l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire en 2015, les défenseurs du droit au logement de tout le pays ont amorcé l’adoption de stratégies différentes. Étant donné que le programme électoral du Parti libéral comprenait un engagement d’élaborer une stratégie nationale en matière de logement, les défenseurs ont saisi l’occasion de favoriser un changement systémique et d’exercer leur influence sur l’élaboration de cette stratégie pour les sans-abri et les personnes mal logées.

Bill Morris, ancien directeur national de la politique à CUWC, explique : « Nous savions que le gouvernement fédéral aurait de la difficulté à élaborer une stratégie nationale globale en matière de logement, alors un groupe de personnes s’est réuni pour discuter de la façon dont la société civile et le secteur sans but lucratif pourraient y participer. »

Pour influencer la stratégie du gouvernement, CUWC et United Way Greater Toronto ont coprésidé un collectif pancanadien pour le logement, qui a tenu des consultations dans 10 villes du Canada. Ce collectif regroupait des organismes sans but lucratif, des promoteurs immobiliers, des personnes ayant des problèmes de logement et d’autres intervenants dans le but d’élaborer un plan directeur pour orienter la Stratégie nationale sur le logement.

Le collectif a recommandé la création d’une allocation-logement transférable pour les locataires, afin d’aider à compenser les coûts du logement. Cette mesure a été incluse dans la Stratégie nationale sur le logement du gouvernement fédéral de 2017 à titre de programme de quatre milliards de dollars financé sur huit ans par les gouvernements fédéral et provinciaux. Une allocation annuelle maximale de 2 500 $ sera ainsi versée aux personnes admissibles. Cette mesure viendra en aide aux personnes qui ont des « besoins de logement de base », comme celles qui vivent dans des logements inadéquats ou surpeuplés ou qui consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement, et celles qui ont des « besoins impérieux en matière de logement », c’est-à-dire les ménages qui consacrent plus de 50 % de leur revenu au logement.

« L’allocation-logement vise à mettre de l’argent dans les poches des personnes les plus vulnérables afin qu’elles puissent payer leur logement », explique M. Morris, ajoutant que les gens ne devraient pas avoir à choisir entre payer le logement ou la nourriture pour leur famille.

Le versement de l’allocation devait commencer le 1er avril en Ontario et ensuite dans d’autres provinces et territoires plus tard, mais il a été retardé en raison de la pandémie de COVID-19, et les défenseurs du logement signalent que le gouvernement n’a pas donné de nouvelles sur la mise en œuvre de la mesure.

En plus de s’attaquer à la question de l’abordabilité du logement, le gouvernement s’est engagé à nommer un défenseur du logement et un conseil national du logement pour enquêter sur les cas de discrimination. Le défenseur et le Conseil appuieraient des groupes marginalisés comme les Premières Nations, les Métis et les Inuits qui font face à des obstacles systémiques au logement possiblement contraires aux obligations du Canada en matière de droits de la personne. Ils pourront également recommander des mesures correctives et des changements stratégiques pour renforcer les droits de ces groupes.

« L’itinérance est un choix stratégique que plusieurs gouvernements ont fait », explique Mme Biss, qui défend tout aussi énergiquement le pouvoir des politiques pour résoudre les problèmes de logement. Elle affirme que le gouvernement peut « véritablement mettre fin à l’itinérance au Canada » en adoptant les bons moyens.

Bien que le Collectif pancanadien pour le logement ne soit plus actif, ayant rempli son mandat de fournir des conseils sur la stratégie nationale du gouvernement, les défenseurs du logement ont créé la Table ronde sur les politiques canadiennes du logement, un groupe indépendant d’experts et de penseurs en matière de logement, afin de partager la recherche sur le logement et de continuer de fournir des conseils sur les questions d’abordabilité et d’accessibilité du logement à l’échelle nationale. CUWC joue un rôle de chef de file au sein du Réseau national du droit au logement afin de favoriser une compréhension, une reconnaissance et une mobilisation accrues du droit au logement au Canada par les gouvernements et la population.

Tous ces travaux seront essentiels pour assurer une reprise après la pandémie qui englobe des efforts majeurs pour éradiquer l’itinérance au Canada. En d’autres mots, il faut éviter de revenir à la situation « normale » que vivent des centaines de milliers de Canadiens chaque année.

Par Jacky Habib (site en anglais seulement)
Vous pouvez lire l’article original en cliquant sur ce lien Future of Good (en anglais seulement).