Lisez la lettre intégrale dans le Globe & Mail. [en anglais seulement]

Matthew Chater est président-directeur général national des Grands Frères Grandes Sœurs du Canada. Owen Charters est président-directeur général des Repaires jeunesse du Canada. Dan Clement est président-directeur général de Centraide United Way Canada. Peter Dinsdale est président-directeur général de YMCA Canada. Maya Roy est présidente-directrice générale de YWCA Canada.

Une chose est sûre à propos de nos organisations. Nous existons parce que les communautés ont besoin de nous.

Plus de huit millions de Canadiens dépendent de nous chaque année. Et lorsque les temps sont particulièrement difficiles, comme c’est le cas actuellement, ils sont encore plus nombreux à faire appel à nous, le réseau essentiel de services communautaires du Canada. Nous offrons des espaces où les enfants apprennent et jouent en toute sécurité pendant que leurs parents travaillent, un repas chaud et un endroit où se reposer pour la nuit, un premier emploi ou des ressources en période de chômage, le soutien dont les gens ont besoin pour briser les barrières, et bien plus encore. Nous sommes au cœur des communautés canadiennes, nous aidons ceux et celles qui vivent en situation de vulnérabilité, et en ce moment nous vivons des heures difficiles.

En tant qu’organismes de bienfaisance et sans but lucratif de première ligne, nous fournissons des programmes et des services essentiels au filet de sécurité sociale du Canada. Dans toutes les provinces et tous les territoires, les gens se tournent vers nous, fournisseurs de services communautaires de confiance, pour composer avec la situation, rester en contact et se rétablir, et ils ont besoin de nous maintenant plus que jamais.

Les programmes fédéraux en réponse à la COVID-19, dont le Fonds d’urgence pour l’appui communautaire et la Subvention salariale d’urgence du Canada, nous ont permis de fournir des services de garde d’urgence, des programmes alimentaires, des services virtuels, des refuges pour les personnes en situation d’itinérance et les femmes fuyant la violence conjugale, des appels pour briser l’isolement des gens, des trousses d’ÉPI et d’articles essentiels, etc. Malgré ces mesures, nous continuons à subir les effets négatifs de la hausse des coûts et de la diminution des revenus. Les Canadiens sont généreux, mais les répercussions économiques de la COVID-19 touchent un grand nombre de nos collaborateurs, 37 % d’entre eux ont déclaré avoir diminué leurs contributions caritatives. Par conséquent, notre capacité à servir les communautés à l’avenir est incertaine.

Voilà pourquoi nous exhortons le gouvernement du Canada à mettre en place sans délai un Fonds d’aide lié à la COVID-19 pour les services communautaires afin de protéger les services communautaires essentiels dont dépendent les Canadiens, d’encourager les futurs dons philanthropiques et de nous aider à rebâtir une société meilleure. C’est la seule façon de veiller à ce que les services qui soutiennent des millions de personnes dans le besoin survivent à la pandémie. Un programme tel que le nouveau Fonds d’urgence à l’appui des organismes de vétérans temporaire, qui aide les organismes caritatifs en difficulté financière à continuer de servir les vétérans, serait très utile aux organismes de bienfaisance et sans but lucratif de tous les secteurs.

Avec la deuxième vague de COVID-19 qui ne fait que commencer, nos communautés sont en crise, en particulier celles qui étaient en difficulté avant la pandémie. La perte d’emploi, l’isolement, le stress et d’autres facteurs ont créé des défis sans précédent qui ont un impact sur la santé et le bien-être des personnes que nous servons.

Les communautés autochtones, noires et d’autres communautés racialisées ont été particulièrement touchées. Les femmes, en particulier celles qui sont nouvellement arrivées, sont en première ligne pour fournir des soins et des services essentiels. Les femmes assument également la plus grande partie des responsabilités à la maison et sont donc mises à rude épreuve, tandis que les services de garde d’enfants restent inabordables et peu nombreux, ce qui aggrave la « récession des femmes » .

Nous constatons une augmentation des demandes de soutien, mais nous avons du mal à nous maintenir à flot. Les sources de financement sont très limitées ou se sont taries. Les coûts ont augmenté alors que les revenus ont considérablement diminué en raison de l’annulation des programmes et des collectes de fonds en personne. Des dizaines de milliers d’employés ont été mis à pied. Et nous avons connu des fermetures définitives de services de longue date, et beaucoup d’autres risquent de connaître le même sort, ce qui prive les communautés des ressources dont elles ont tant besoin.

Nous nous sommes adaptés, mais nous sommes à bout de souffle — et quand nous sommes en difficulté, les Canadiens le sont tout autant.

Les organismes caritatifs et sans but lucratif de services nationaux sont présents sur le terrain dans des milliers de communautés au Canada, avec des infrastructures, des emplacements physiques et une ligne directe pour répondre aux besoins des Canadiens. Les gouvernements comptent sur nous pour mettre en œuvre ou faciliter les programmes sociaux d’intervention et de relance liés à la COVID-19. Que perdra la société si nous ne sommes pas en mesure de poursuivre nos activités?

Sans un soutien financier urgent du gouvernement pour nous aider à survivre aux 12 à 18 prochains mois et à passer de l’autre côté de la pandémie, un vide sera créé dans les services essentiels, qu’il sera difficile et beaucoup plus coûteux de combler.

Le soutien du gouvernement fédéral n’est pas qu’un investissement à notre intention. Il s’agit d’un investissement dans l’intervention d’urgence aujourd’hui, la relance demain et la résilience future des communautés.

Pour dire les choses simplement, investir dans les organismes caritatifs de services nationaux, c’est investir dans le Canada.