Partout au pays, les familles font leurs calculs et n’arrivent pas à boucler leur budget. Statistique Canada rapporte que l’inflation a atteint 3,2 % en mai, son niveau le plus élevé depuis 2023. Pour les familles, le loyer, l’épicerie, le transport, les services de garde et les factures d’énergie ne sont pas des pressions abstraites. Ce sont des déterminants essentiels de la santé et du bien-être : ils déterminent si un parent peut se rendre au travail, si un jeune peut poursuivre ses études ou sa formation, et si une dépense imprévue peut faire basculer un ménage dans l’endettement.
Le plus récent Indice d’anxiété financière de Centraide United Way Canada, mené par Léger, confirme ce que notre réseau constate chaque jour : le stress financier est omniprésent. Soixante pour cent des personnes au Canada se disent anxieuses à propos de leurs finances personnelles. Près de la moitié ne pourraient couvrir leurs dépenses de base que pendant un mois ou moins avant de s’endetter. Quarante pour cent perdent le sommeil à cause de leurs factures, et 38 % ont de la difficulté à mettre de la nourriture sur la table. Les résultats montrent aussi qui subit les plus fortes pressions : les locataires, les parents seuls, les personnes nouvellement arrivées et les jeunes adultes. L’instabilité des ménages n’est pas seulement un problème social; c’est aussi un enjeu économique. Les personnes qui n’ont pas les moyens de payer leur loyer, leur nourriture ou leur transport sont moins en mesure de travailler, d’étudier, de prendre soin des autres ou de planifier leur avenir.
Les gouvernements disposent de leviers pour aider les ménages à absorber les chocs avant que les difficultés ne deviennent des crises. En s’inspirant du modèle de la Prestation canadienne pour les produits d’épicerie et les essentiels, une action fédérale peut répondre aux besoins urgents tout en s’attaquant aux causes profondes au moyen de services et de mesures de soutien du revenu.
Le premier levier consiste à investir dans le secteur des services communautaires, qui concrétise les priorités gouvernementales en soutenant les gens sur le terrain. Partout au Canada, les organismes communautaires aident les personnes à accéder à des aliments nutritifs, à se prévaloir des prestations auxquelles elles ont droit, à conserver leur logement et à demeurer en emploi. Souvent, ils font la différence entre un premier appui au bon moment et une longue remontée hors des difficultés financières. Les services sont actuellement sous pression en raison d’une forte demande, de pénuries de main-d’œuvre et d’un financement instable. Un investissement initial de 150 M$ ciblé vers les services de première ligne peut contribuer à alléger le fardeau des ménages.
Le deuxième levier est le logement. Le gouvernement fédéral devrait renouveler la Stratégie nationale sur le logement en mettant davantage l’accent sur la prévention de l’itinérance et l’expansion de logements profondément abordables, avec services de soutien et de transition. Une stratégie renouvelée devrait maintenir et élargir Vers un chez-soi, s’appuyer sur l’investissement de 1 milliard de dollars de Maisons Canada dans le logement avec services de soutien, et améliorer et prolonger les prestations canadiennes pour le logement afin que davantage de personnes puissent conserver leur logement et que 330 000 personnes ne perdent pas ce soutien à son expiration en 2028. La prévention est plus humaine, plus rentable et plus efficace que l’intervention une fois le logement perdu.
Le troisième levier est la sécurité du revenu. Une augmentation ciblée de l’Allocation canadienne pour enfants rejoindrait les familles à revenu faible ou modeste alors que les coûts de l’alimentation, du logement et des dépenses liées aux enfants exercent une pression croissante sur les parents. Le gouvernement fédéral peut aussi utiliser le Transfert canadien en matière de programmes sociaux de 18 milliards de dollars versé aux provinces et aux territoires. En affectant une partie de ces fonds à l’aide sociale, le gouvernement peut améliorer l’adéquation des revenus ainsi que les résultats en matière de santé et de bien-être social.
Le quatrième levier est le soutien aux travailleuses et travailleurs. Le Canada a besoin d’outils plus solides pour aider les personnes à traverser les mises à pied, les bouleversements et les effets d’une récession. L’assurance-emploi devrait être plus accessible, avec des prestations renforcées et des critères d’admissibilité améliorés afin que les travailleuses et travailleurs puissent se stabiliser rapidement après une perte d’emploi. Les gouvernements devraient aussi élargir les programmes d’adaptation de la main-d’œuvre dirigés par les pairs pour les travailleuses et travailleurs syndiqués et non syndiqués, afin d’aider les personnes à se requalifier, à gérer les transitions et à demeurer liées au marché du travail. Pour les jeunes, la Stratégie emploi et compétences jeunesse devrait passer à des ententes de cinq ans afin que les organismes et les employeurs puissent planifier, retenir leur personnel et obtenir de meilleurs résultats.
Les mesures en matière de logement, de revenu et d’emploi n’auront leur plein effet que si elles sont accompagnées d’investissements dans les organismes qui aident les gens à s’y retrouver. Des investissements régionaux ciblés, un soutien au service d’orientation communautaire 211 et un financement prévisible pour attirer et retenir la main-d’œuvre qui soutient les services communautaires essentiels sont autant de leviers interreliés : les prestations pour le logement sont plus efficaces lorsque les gens peuvent obtenir de l’aide rapidement, les mesures de soutien du revenu fonctionnent mieux lorsque les familles savent comment y accéder, et les programmes de transition professionnelle ont plus d’impact lorsque les personnes peuvent aussi stabiliser leurs besoins en matière de garde d’enfants, de logement et de santé mentale. Investir dans les services communautaires, c’est permettre à ces politiques de se concrétiser dans la vie des gens.
L’Indice d’anxiété financière est un signal d’alarme que nous devons prendre au sérieux. Les données nous orientent vers des solutions fédérales concrètes qui contribueront à une économie plus forte : garder les gens logés, bonifier le revenu là où les pressions sont les plus fortes, soutenir les travailleuses et travailleurs en période de bouleversement et investir dans les organismes communautaires. Il ne s’agit pas seulement d’investissements sociaux. Ce sont des mesures de résilience économique, et c’est aussi la bonne chose à faire pour les personnes, les familles et les voisins qui portent le poids de l’incertitude. Si le Canada veut que les ménages et les communautés puissent résister aux périodes difficiles, l’action fédérale devrait commencer là.